Blog de Pierre-Valéry Archassal

J’ai fini mes recherches généalogiques !

J’entends parfois dire « j’ai terminé mes recherches généalogiques » ou bien « j’ai tout lu, tout vu, tout exploité alors je suis forcé(e) d’arrêter ma quête ». Cela ne cesse de me surprendre.

Heureux les chercheurs aux arbres remplis…

Heureux généalogistes qui ont « tout vu », donc exploité toutes les sources ; qui ont « terminé » leurs recherches donc parvenus au bout de leurs racines (sans doute jusqu’à Adam et Ève mais en passant par Caïn ou Abel ? Là est la question…). Donc à ces généalogistes comblés, je dirai seulement deux mots : bravo et respect.

Personnellement, j’ai commencé mes recherches très jeune, il y a plus de 40 ans, et si je vis plus que centenaire, je n’aurai toujours pas « fini » mon arbre généalogique. C'est vrai, je suis un peu fainéant, je l’avoue.

Né dans les années 1960, issu d’une famille à 100 % européenne (chacun ses défauts) je peux espérer remonter jusqu’au début du XVIe siècle sans faire d’efforts incommensurables tout en restant dans des classes sociales « populaires ». C’est d’ailleurs déjà le cas sur beaucoup de branches. Mais mon arbre n’est pas encore complet pour autant.

Où surgit le doute

Alors j’ai fait un calcul. Vous pouvez le faire avec moi, même ceux qui ont les chiffres en horreur. Ce calcul se base sur le nombre d’ancêtres identifiables à chaque génération. La formule est une puissance de 2 : il y a au total 2G-1 ancêtres entre nous et la génération G. Vérifions par l’exemple avec nos grands-parents, 3e génération par rapport à nous : 23-1 = 8-1 = 7 personnes c’est-à-dire 4 grands-parents, 2 parents et nous. CQFD : nous avons bien 7 individus jusqu’à la 3e génération.

Considérons qu’en un siècle vivent trois à quatre générations (une génération est comprise entre 25 et 35 ans). On va donc prendre comme base moyenne 3,5 générations par siècle. Entre moi et mes ancêtres du début du XVIe siècle il y a un peu plus de 4 siècles soit 15 générations. Je peux donc espérer remonter 15 générations de mon arbre grâce aux sources documentaires généralement disponibles en France et dans la plupart des pays européens (ils en sont là sur toutes leurs branches déjà ceux qui ont « fini » ?).

Et donc je refais mon calcul pour savoir combien j’aurai à rechercher d’ancêtres jusqu’à la 15e génération. Autrement dit, combien font 215 -1 ? Ne sortez pas les calculettes, j’ai la réponse : 32 767 individus.

Quand le doute se confirme

C’est maintenant évident, si je veux étoffer mon arbre jusqu’au début du XVIe siècle seulement (ce qui reste ridicule par rapport à l’histoire de l’humanité), je dois retrouver et identifier 32 767 individus en ascendance directe ! Vaste programme…

Et comme j’ai encore la calculette en main, je réalise juste un petit calcul supplémentaire. Le dernier, c’est promis. En étant très ambitieux (voire fanfaron), je me suis dit que je pouvais retrouver et écrire l’histoire de la vie d’un ancêtre par jour. Attention, je ne parle pas de cette collection vaine et ridicule qui consiste à se limiter aux dates et lieux de la vie d’un individu. La généalogie ne mérite pas de se réduire à cela. La vraie recherche c’est essayer de connaître vraiment ce qu’a vécu chaque ancêtre. Un par jour. C’est un bon rythme. Il me faut donc 32 767 jours de travail. Oui mais voilà… sachant qu’une année compte 365 jours, 32 767 jours représentent plus de 89 ans de travail. Rien que pour étudier UN ancêtre par jour. Sans week-end. Sans arrêt. Sans vacances. Pour seulement 15 générations.

Alors je ne vois qu’une seule explication possible pour ceux qui ont « terminé » leur arbre généalogique, ceux qui ont « fini » leurs recherches, ceux qui ont « tout exploité » : ils jouent des coudes avec Jeanne Calment dans le livre des records au chapitre de la longévité. Et j’espère pouvoir dire comme eux bientôt. Cela signifiera que mon âge sera très respectable. En attendant… au travail !

 

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