Blog de Pierre-Valéry Archassal

La remise en cause, principe salvateur de la généalogie

Lorsque j’ai commencé mes recherches généalogiques, il y a 41 ans, je suis remonté rapidement jusqu’aux parents de ma grand-mère paternelle car celle-ci vivait avec nous et conservait dans un coffre les papiers qu’elle jugeait importants.

J’ai donc très tôt connu le visage de son père, mon arrière-grand-père, né exactement un siècle avant moi ; j’ai appris tous les détails de sa vie jusqu’à son inhumation, dans ce cimetière parisien où nous allions nous recueillir chaque année, pour la Toussaint.

Au tombeau des ancêtres

On dit que « trop d’informations tuent l’information ». C’est peut-être vrai et c’est peut-être pour cela que je ne suis pas posé toutes les questions nécessaires depuis quatre décennies. Dans les papiers conservés par ma grand-mère il y avait l’acte d’achat de la concession perpétuelle au cimetière, daté de 1931. Or mon arrière-grand père était décédé en 1926. Comme son nom était gravé sur le caveau collectif, je n’ai jamais soupçonné qu’il ait pu être enterré ailleurs. Pourtant, j’aurais dû me demander où son corps avait séjourné pendant les cinq ans qui séparent 1926 de 1931…

Toujours conforter la chronologie

J’avais toutes les cartes en main et je les ai regardées avec trop de confiance, sans m’interroger véritablement, sans conforter la chronologie, sans remettre en doute le fonctionnement de cette mécanique trop bien huilée. Il a fallu la mise en ligne par les Archives de Paris des registres d’inhumation des cimetières parisiens, il y a quelques jours seulement, pour que je découvre ma carence.

En effet, pour conforter mes recherches et cumuler le moindre détail sur la vie de mes ancêtres, je suis allé voir les registres d’inhumation pour tous les membres de ma famille présents aujourd’hui dans notre caveau. Quelle surprise en consultant les informations sur mon arrière-grand-père… Des ratures sur sa ligne, et un commentaire mystérieux en guise de conclusion.

Trois questions que j'aurais dû me poser

Mort le 13 mai 1926, il a été inhumé deux jours plus tard, dans le deuxième caveau de la 90e division du cimetière. Mais en bout de ligne, il est indiqué dans le registre qu’une deuxième inhumation a eu lieu le 22 mai 1926. Pourquoi l’avoir exhumé, dix jours après son premier enterrement ? Pourquoi l’avoir déplacé ? Était-il mort si subitement que rien n’était prévu ? Première question, sans réponse, ma grand-mère nous a quitté aujourd’hui et ne pourra pas m’aider à ce sujet.

En 1931, mon arrière-grand-mère, sa veuve, achète le caveau que je connais. Pourquoi a-t-elle attendu 5 ans ? Manque d’argent en 1926 ? C’est un deuxième mystère.

Et surtout, mon arrière-grand-père n’a rejoint ce caveau familial dans la ligne 7 de la 73e division que le 25 octobre 1935, soit plus de neuf ans après sa mort et quatre ans après l’achat du tombeau… Pourquoi ces décalages ? C’est la troisième question.

Rien n'est dérisoire

Aurai-je un jour les réponses à ces questions ? Sachant qu’une exhumation nécessite une vacation policière, je vais maintenant aller fouiller les archives de la police pour essayer d’y trouver une trace des raisons qui ont justifié que mon arrière-grand-père soit exhumé deux fois et enterré trois fois.

Tout cela pourrait paraître relever du détail. Je ne le crois pas. Combien d’autres omissions ai-je commises dans mes recherches ? Combien de fois ai-je fait trop confiance à ce qui paraissait évident ? Ce que je retiens de cette expérience, c’est qu’il faut toujours, voire surtout, s’interroger quand tout va bien. Ne pas se laisser porter mais fouiller toujours et encore plus et remettre en doute chaque détail pour le valider. Mes recherches ne seront abouties que lorsque je me serai vraiment posé toutes les questions sur la vie de mes ancêtres. La remise en cause est indubitablement le principe salvateur de la généalogie.

Complément du15/01/2019

Réponse du Service de la Mémoire et des Affaires Culturelles de la Préfecture de police : "Nous ne conservons qu'un dossier de principe sur les exhumations sous la cote DB 217 (Opérations consécutives aux décès. Dépôt dans les églises, exhumations et inhumations, transport des corps, service des commissaires, vacations) mais ne disposons pas de sources précises sur les différentes opérations funéraires."

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